Ohara · Kansai
Ohara
Un village de montagne à une heure de Kyoto, où la mousse, les maisons de thé et le shiso rouge donnent l'impression que le temps s'est arrêté.
3 adresses référencées
Ohara, petit village au nord de Kyoto, est l'un de mes plus gros coups de cœur du Japon.
Si Kyoto est, à mon goût, un peu « surcotée », sa préfecture regorge pourtant de pépites, et Ohara en fait partie.
J'en ai entendu parler pour la première fois sur un blog, déniché tout à fait par hasard. L'envie de l'ajouter à ma to-do des lieux à découvrir lors de mon prochain voyage a été immédiate… même si j'étais loin d'imaginer la claque que j'allais me prendre.
Un peu plus d'une heure de bus depuis Kyoto, et te voilà plongé dans une atmosphère presque irréelle. Que l'on soit croyant ou non, ce lieu semble placé sous la protection des dieux, les kami-sama : la paix et la spiritualité y imprègnent chaque recoin.
Nous nous y sommes rendus au mois d'avril, et le paysage nous a offert une végétation luxuriante, avec un vert profond, verdoyant comme nous n'en avions jamais vu auparavant. Là-bas, c'est comme si le temps s'était arrêté. Une invitation à souffler, à ralentir.

Les temples et leurs maisons de thé
Comme à notre habitude, nous sommes arrivés tôt le matin, pour profiter au mieux du calme. Nous avons vite rejoint le Sanzen-in, un temple tout simplement magnifique, fondé en 804 par le moine Saichō, à l'origine de l'école bouddhiste Tendai. On peut s'y poser sur les tatamis et déguster un matcha de cérémonie, face au jardin. Et quelle vue… La mousse et la végétation, d'un vert qui semble tout droit sorti d'un film d'animation, invitent à méditer, à se détendre, à savourer l'instant ; tout simplement. On y déniche même de petites statues de jizo dissimulées dans la mousse, comme une chasse au trésor miniature. L'entrée coûte 700 yens (le matcha est en supplément), et les vaut largement. Si, comme nous, vous appréciez votre thé, sachez que vous pouvez tout à fait en rapporter un pot.

Nous avons ensuite flâné, avant de tomber sur le Hosen-in, un autre temple, tout aussi beau. Là encore, un espace maison de thé permet de s'installer pour boire son matcha, accompagné d'une petite friandise. Mais Hosen-in a ses propres trésors : depuis le hall principal, les piliers de bois encadrent le jardin comme un tableau. On parle d'ailleurs de « jardin encadré ». S'y dresse un pin de plus de 700 ans, réputé être le plus vieil arbre de Kyoto, ses branches vénérables soutenues par des tuteurs. Et puis il y a ce détail qui glace un peu le sang : le « plafond de sang » (chi-tenjō), constitué de planches provenant du château de Fushimi, où des guerriers vaincus se donnèrent la mort en 1600. Un contraste saisissant avec la sérénité des lieux. L'entrée coûte 900 yens, thé et friandise compris.

Se restaurer
Comme il s'agit d'un petit village, les adresses ne sont pas légion. Mais les quelques restaurants proposent des produits de saison, cultivés dans la région, et d'une grande qualité. Pour notre part, nous nous sommes arrêtés au Shino Shoumon, où nous nous sommes tout simplement régalés. Et même le ventre déjà bien rempli (les portions sont généreuses), je n'ai pas résisté à une glace au shiso rouge. Je connaissais pourtant déjà le shiso, vert comme rouge, mais le découvrir en version sucrée fut une vraie surprise. Verdict : incroyable.
Le shiso, trésor d'Ohara
Si le shiso rouge se glisse jusque dans les glaces, ce n'est pas un hasard : Ohara en est le berceau. Le microclimat du village, un bassin encaissé entre les montagnes, aux écarts de température marqués entre le jour et la nuit, donne un aka-shiso (shiso rouge) d'une qualité et d'un parfum réputés dans tout le pays. On dit même que la variété locale, protégée par ce relief, est restée l'une des plus proches du shiso d'origine.
C'est ici qu'est né le shibazuke, l'un des trois grands tsukemono (légumes marinés) de Kyoto : aubergines, concombres et myoga marinés au sel avec les feuilles de shiso rouge, qui leur donnent cette teinte pourpre éclatante et ce goût acidulé si caractéristique. La tradition remonterait à plus de huit siècles. La légende raconte même que le nom viendrait de Kenreimon-in, impératrice retirée au temple Jakko-in d'Ohara après la chute de son clan : ravie des pickles de shiso que lui offrirent les habitants, elle les aurait baptisés d'après leur couleur violette.
Vous pourrez évidemment rapporter du shibazuke et toutes sortes de produits au shiso, en vente dans les échoppes, petites et grandes, du village. Des maisons historiques comme Doi Shibazuke Honpo, installée à Ohara depuis plus d'un siècle, en ont fait leur spécialité.

Comment s'y rendre ?
Depuis la gare de Kyoto, le plus simple est le bus Kyoto n° 17, direction Ohara (terminus) : comptez environ 1 h à 1 h 20 selon le trafic. Autre option, souvent plus rapide : le métro (ligne Karasuma) jusqu'à Kokusaikaikan, puis le bus n° 19 jusqu'à Ohara. De l'arrêt Ohara, une dizaine de minutes de marche à travers les échoppes suffisent pour rejoindre le Sanzen-in.
Ohara sur la carte
Mes adresses à Ohara
Cliquez une adresse pour lire son détail.
Le « jardin encadré », un pin de plus de 700 ans et le plafond de sang du château de Fushimi.
Fondé en 804 : jardin de mousse, statues de jizo et matcha de cérémonie face au jardin.
Produits de saison cultivés à Ohara, portions généreuses — et une glace au shiso rouge.