Otaru · Hokkaido
Otaru
Canal bordé d’anciens entrepôts, petites boutiques de verre, milliers de boîtes à musique et rues entièrement recouvertes de neige : en hiver, Otaru donne l’impression d’entrer dans un décor de conte.
Lorsque nous sommes arrivés à Otaru, j’ai été envahie par un sentiment que je n’avais pas ressenti aussi intensément depuis longtemps.
Une sorte d’excitation enfantine.
Nous venions de passer de très longues heures à voyager depuis Bordeaux, et pourtant, en découvrant la ville entièrement recouverte de neige, toute la fatigue semblait avoir disparu.
Rien ne ressemblait au Japon que je connaissais jusque-là.
Ni Tokyo et ses néons.
Ni les temples de Kyoto.
Ni les campagnes ou les montagnes verdoyantes que j’avais déjà pu découvrir ailleurs.
Cette fois, j’avais presque l’impression d’être arrivée dans un autre pays.
Un endroit où la neige recouvrait les trottoirs, les toits et les petites rues, où les façades anciennes se détachaient au milieu du blanc et où, à mesure que la nuit tombait, des centaines de petites lumières venaient transformer la ville.
Une sorte de magie de Noël, en plein Japon.
Et même en écrivant ces lignes quelques mois plus tard, je ressens encore quelque chose en y repensant.
Beaucoup de bonheur d’avoir eu la chance de vivre ce voyage...
Mais, je l’avoue, aussi ce petit pincement que l’on ressent lorsque l’on aimerait pouvoir revenir exactement à ce moment-là.
Otaru sous la neige
J’ai découvert Otaru en plein hiver, durant notre voyage à Hokkaido et dans le nord du Tohoku, où nous avons connu par moments des températures descendant jusqu’à -22 °C.
À Otaru, ce qui m’a surtout marquée, c’est la quantité de neige.
Elle était partout.
Accumulation sur les côtés des rues, trottoirs transformés en petits couloirs entre deux murs blancs, toits entièrement recouverts…
Bien sûr, je n’ai encore jamais découvert Otaru à une autre saison et je ne peux donc pas réellement les comparer.
Mais après l’avoir vue ainsi, j’aurais presque du mal à imaginer la ville sans son manteau blanc.
L’hiver lui va particulièrement bien.
Son architecture ancienne, ses lampes, ses boutiques de verre et ses petites rues prennent une atmosphère complètement différente sous la neige.
Et lorsque la nuit tombe, c’est encore autre chose.
Le canal d’Otaru, symbole de la ville
Difficile de parler d’Otaru sans commencer par son canal.
Achevé en 1923, il servait autrefois au transport des marchandises entre les navires et les nombreux entrepôts du port. Plusieurs de ces anciens bâtiments en pierre sont toujours présents aujourd’hui et ont été transformés en restaurants ou en commerces.
Une promenade longe désormais le canal, éclairée par des dizaines de lampes.
En hiver, avec les entrepôts couverts de neige et les lumières qui commencent à se refléter dans l’eau à la tombée du jour, l’ensemble est particulièrement beau.

Otaru Snow Light Path : quand la ville s’illumine à la bougie
Nous avons eu la chance de séjourner à Otaru pendant le Otaru Snow Light Path — Otaru Yuki Akari no Michi.
Pendant plusieurs soirées, des milliers de petites bougies sont installées dans différents endroits de la ville, notamment autour du canal et de l’ancienne voie ferrée de Temiya.
En 2026, le festival s’est déroulé pendant huit jours, du 7 au 14 février, de 17 h à 21 h.
Certaines bougies sont simplement installées dans la neige.
D’autres sont placées dans des photophores en verre ou dans des sculptures de glace.
Sur le canal, certaines lumières flottent même directement sur l’eau.
Et un peu partout, on découvre des petites sculptures de neige.
Lors de notre passage, plusieurs représentaient même des personnages du Studio Ghibli.
Forcément, j’étais ravie.
En revanche, il faut être préparé à deux choses.
D’abord : le froid.
Une fois la nuit tombée et après plusieurs heures dehors, les températures deviennent nettement moins faciles à supporter, même bien équipé.
Et ensuite : la foule.
Le festival attire énormément de visiteurs, japonais comme étrangers. Autour du canal notamment, il peut devenir difficile d’avancer tant il y a de monde. L’office de tourisme signalait d’ailleurs lui-même une très forte affluence sur certaines soirées de l’édition 2026.
Mais sincèrement ?
Je recommencerais sans hésiter.
Sakaimachi, la rue où l’on pourrait passer des heures
Une autre grande partie de notre temps à Otaru s’est déroulée autour de Sakaimachi Street.
Cette rue commerçante d’environ 900 mètres concentre une quantité assez impressionnante de boutiques : verreries, boîtes à musique, pâtisseries, souvenirs, restaurants, cafés… souvent installés dans d’anciens bâtiments qui participent énormément au charme du quartier.
On prend plaisir à avancer de boutique en boutique, surtout lorsque chacune semble proposer quelque chose de différent.
Et c’est ici que se concentrent plusieurs des adresses que j’ai adoré à Otaru.
Les fans de Snoopy trouveront également leur bonheur sur Sakaimachi.
La boutique Snoopy Cha-Ya mélange produits dérivés et petites douceurs inspirées de l’univers de Peanuts.

Un monde entièrement consacré aux boîtes à musique
Avant de venir à Otaru, je voyais régulièrement revenir la même recommandation :
« Il faut absolument aller voir les boîtes à musique. »
Et sincèrement ?
Je ne comprenais pas vraiment l’engouement.
Une boutique de boîtes à musique reste une boutique de boîtes à musique, non ?
Puis je suis entrée dans Otaru Orgel Doh.
Et j’ai compris.
Le bâtiment principal, situé à l'extrémité de Sakaimachi près de Meruhen Crossroads, rassemble environ 38 000 boîtes à musique de quelque 3 200 modèles différents, réparties dans un grand bâtiment ancien sur plusieurs niveaux.
Bois.
Verre.
Personnages.
Bijoux.
Petites scènes animées.
Modèles traditionnels ou complètement improbables…
Il y en a partout.
Avec les éclairages, les boiseries et les mélodies qui se mêlent les unes aux autres, l’endroit ressemble presque davantage à un univers féerique qu’à une simple boutique.
Je comprends maintenant pourquoi tout le monde en parle.
Et cette fameuse horloge à vapeur…
Impossible également de manquer l’immense horloge située juste devant.
Haute de 5,5 mètres, cette horloge à vapeur a été construite par Raymond Saunders, également à l’origine de la célèbre horloge de Gastown, à Vancouver.
Toutes les 15 minutes, elle libère de la vapeur tandis que ses cinq sifflets jouent une mélodie.
À chaque fois, les visiteurs s’arrêtent autour pour attendre le moment.
Et forcément…
nous aussi.
C’est le genre de petite chose qui pourrait sembler anecdotique ailleurs.
À Otaru, au milieu des bâtiments anciens et de la neige, ça fonctionne parfaitement.
Otaru et le verre, une véritable histoire
L’autre grande spécialité d’Otaru, c’est le verre.
Et là encore, il ne s’agit pas simplement d’une activité inventée pour les touristes.
L'industrie verrière locale s’est notamment développée autour de deux objets indispensables à l’époque : les lampes à pétrole, utilisées avant la généralisation de l’électricité à Hokkaido, et les boules de verre flottantes utilisées par les pêcheurs, notamment pendant la grande période de la pêche au hareng.
Aujourd’hui, Sakaimachi regorge de verreries.
Verres.
Vases.
Lampes.
Bijoux.
Décorations…
C’est très difficile de ne rien ramener.
Nous avons d’ailleurs craqué chez Kitaichi Glass III, où nous nous sommes offert une tasse dont certains motifs changent de couleur selon la température de la boisson.
Quand elle est chaude, une partie du dessin devient rose.
Lorsque la tasse accueille une boisson froide, les teintes passent au vert.

Kitaichi Hall, éclairé par 167 lampes à pétrole
Juste à côté se trouve une autre de mes découvertes préférées d’Otaru : Kitaichi Hall.
Et cette fois encore, difficile de décrire l’atmosphère simplement avec une photo.
Le café se trouve dans Kitaichi Glass III et est éclairé par 167 véritables lampes à pétrole. Chaque matin, le personnel les allume une par une avant l’ouverture complète de la salle.
Il n’y a quasiment pas d’autre lumière.
On entre donc dans une grande salle sombre, avec ces dizaines de petites flammes qui se reflètent dans le verre.
En plein hiver, alors que dehors tout était blanc et glacial, entrer ici donnait vraiment l’impression de changer d’époque.
C’était chaleureux.
Un peu mystérieux.
Et complètement hors du temps.
Spécialité glacée
Hokkaido oblige, impossible également de passer à côté des produits laitiers.
Et peu importe qu’il fasse largement sous zéro dehors : je voulais goûter une glace au lait d’Hokkaido.
Nous en avons notamment mangé chez LeTAO, l’une des pâtisseries les plus connues d’Otaru.
La marque est surtout célèbre pour son Double Fromage, un cheesecake composé de deux couches, l’une cuite et l’autre à base de mascarpone.
Et son adresse principale mérite elle aussi le détour.
Installée à Meruhen Crossroads, presque face à Otaru Orgel Doh, elle possède une petite salle d’observation au dernier étage. De là-haut, on profite gratuitement d’une jolie vue sur les toits d’Otaru, la mer et les montagnes lorsque la météo le permet.
Glace en hiver.
Cheesecake.
Vue sur Otaru.
Je ne vois pas vraiment ce que l’on pourrait demander de plus.

Notre premier donburi du voyage
Pas très loin du canal, nous avons mangé notre premier donburi de poissons et fruits de mer du voyage.
Et difficile de commencer mieux.
Un immense bol de riz recouvert de poissons crus et de crustacés incroyablement frais, avec une portion beaucoup plus généreuse que ce à quoi je m’attendais.
Hokkaido est particulièrement réputée pour ses produits de la mer, et Otaru ne fait évidemment pas exception.
Entre les poissons, les oursins (pour ceux qui aiment, car ce n'est pas mon cas), les œufs de saumon, les crabes ou encore les noix de Saint-Jacques, il devient très difficile de choisir.
Simple.
Très frais.
Et absolument délicieux.
Une ville qui raconte aussi son passé
Ce qui participe également au charme d’Otaru, c’est son architecture.
La ville s’est énormément développée à partir de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, lorsqu’elle jouait un rôle majeur dans le commerce et le développement d’Hokkaido.
Cela explique aujourd’hui la présence de nombreux anciens entrepôts, banques et bâtiments en pierre ou en brique.
On en retrouve autour du canal, mais également en parcourant les rues du centre et Sakaimachi.
Il existe même une ancienne voie ferrée, celle de Temiya, aujourd’hui transformée en promenade et utilisée comme l’un des sites du Snow Light Path en hiver.
C’est cette architecture qui donne à Otaru une identité assez différente de beaucoup d’autres villes japonaises.
Et sous la neige, forcément, l’effet est encore plus marqué.

Combien de temps prévoir à Otaru ?
Otaru est souvent visitée à la journée depuis Sapporo, ce qui est tout à fait possible.
Mais après l’avoir découverte en hiver, je trouve personnellement dommage de repartir avant la soirée.
Particulièrement pendant Otaru Snow Light Path.
La ville change complètement lorsque le soleil se couche.
Les bougies s’allument.
Le canal prend une autre atmosphère.
Les façades se détachent dans la neige.
Et même Sakaimachi semble différente.
Je prévoirais donc au minimum une journée complète, en restant jusqu’au soir.
Et si votre itinéraire le permet, passer une nuit à Otaru permet de prendre beaucoup plus son temps : canal, Sakaimachi, boutiques, cafés et restaurants remplissent très facilement la journée, surtout si, comme nous, vous aimez entrer partout.
Comment se rendre à Otaru ?
Otaru est particulièrement facile d’accès depuis Sapporo.
Les deux villes sont reliées directement par la ligne JR Hakodate et le trajet dure généralement environ 35 à 50 minutesselon le train emprunté.
Une partie du trajet longe d’ailleurs la mer, alors si vous pouvez choisir votre place, gardez un œil sur le paysage.
Une fois arrivé à la gare d’Otaru, le centre se découvre très facilement à pied.
Le canal se trouve à une dizaine de minutes environ, puis Sakaimachi se rejoint naturellement en poursuivant la promenade.
C’est d’ailleurs une ville que j’ai particulièrement aimée pour cela : pas besoin de multiplier les transports.
On marche.
On entre dans une boutique.
On ressort.
On s’arrête manger.
Puis on recommence.
Otaru en hiver : est-ce vraiment la meilleure saison ?
Je n’ai découvert Otaru qu’en hiver.
Je ne prétendrai donc pas pouvoir comparer avec le printemps, l’été ou l’automne.
Mais je peux dire une chose :
je n’aurais pas voulu la découvrir autrement pour la première fois.
La neige semble presque faire partie de son décor.
Elle accentue le côté ancien des bâtiments, rend les lumières plus chaleureuses et transforme les promenades autour du canal en véritables paysages de carte postale.
Ajoutez à cela le Snow Light Path et ses centaines de petites flammes…
et tout devient un peu irréel.
Bien sûr, cela demande quelques concessions.
Il fait froid.
Très froid parfois.
Marcher dans la neige fatigue plus vite.
Il faut constamment enlever puis remettre plusieurs couches lorsque l’on entre dans les boutiques.
Et les rues peuvent être glissantes.
Mais pour moi, tout cela faisait partie du voyage.
Je sais qu’un jour, j’aimerais découvrir Otaru à une autre saison.
Voir son canal sans neige.
Marcher dans Sakaimachi sous le soleil.
Découvrir la ville autrement.
Mais si je ferme les yeux et que je pense à Otaru aujourd’hui, c’est toujours la même image qui revient.
Une ville entièrement blanche, des petites lumières dans la nuit et cette excitation presque enfantine ressentie en arrivant.